Portrait de la famille Slimani dans leur logement avenue Laënnec. Au premier plan, Areski Slimani qui tombait du 4e étage et s'en sortait indemne (voir l'Humanité du 12/04/1962 p.10). Sevran (93), avenue Laënnec, 11 avril 1962. 97FI/622254 A1 - Droits réservés - Mémoires d'Humanité / Archives départementales de la Seine-Saint-Denis

  • Le patrimoine urbain contemporain au prisme de l’histoire des habitant.e.s

 Les banlieues ont déjà fait leur entrée au musée. La culture urbaine populaire sous ses différentes formes est valorisée de longue date, et des institutions muséales s’y attachent en banlieue même, à l’image du musée d’art et d’histoire de Saint-Denis. Le musée de l'Histoire vivante de Montreuil interroge quant à lui, depuis 1937, la façon dont les classes populaires ont été au cœur des grandes évolutions sociales et politiques depuis la seconde moitié du XIXe siècle, marquées par les révolutions industrielles, la question sociale et l’émergence des classes moyennes, à la fois actrices et enjeu de la question sociale. La création du musée du logement populaire est portée par l’AMuLoP et ses partenaires qui souhaitent proposer une approche complémentaire de cette histoire, qui soit davantage en prise avec le quotidien des habitant.e.s passé.e.s et des publics contemporains. 

 

De nombreuses initiatives prises ces dernières années mettent l’accent sur la dimension architecturale du patrimoine de banlieue, et notamment d’un certain nombre de grands ensembles. Des structures comme l’association régionale des cités-jardins d'Ile-de-France ou le Musée d’histoire urbaine et sociale de Suresnes valorisent certains pans du parc de logement social, faisant découvrir son histoire au grand public. Enfin, dans le cadre d’opérations de rénovation urbaine, des expositions temporaires sont de plus en plus souvent élaborées, mettant en avant le vécu d’habitant.e.s d’un immeuble, d’une cité ou d’un quartier. L’AMuLoP a pour ambition de faire de ce patrimoine urbain le support d’une mise en perspective plus large de l’histoire sociale, culturelle et politique de la banlieue. 

 

C’est pourquoi l’association, à partir du prisme du logement, souhaite mettre en lumière l’histoire des banlieues populaires au long du XXe siècle en la recentrant sur ces quartiers et leur quotidien. Cette histoire éclairera les questions sociales auxquelles les populations ont été confrontées au gré des mutations socio-économiques et politiques du Grand Paris : transformation des conditions de travail, accès aux droits sociaux et politiques, évolutions des normes de logement, problèmes de santé, accès à la consommation et aux loisirs, rapports de genre, mobilités et ségrégation, solidarité et conflits de voisinage,  etc. L’histoire de la banlieue parisienne ne saurait par ailleurs se comprendre sans revenir sur la longue histoire des différentes migrations qui ont façonné le peuplement des quartiers populaires : migrations Paris-banlieues, migrations provinciales, migrations internationales et migrations (post)coloniales.

Une cuisine dans un appartement de la Cité Langevin, cité de logement social.

Années 1960, photographie de famille, don privé - Archives de la Ville de Saint-Denis


  • Une expérience muséographique ambitieuse, une immersion dans le vécu des habitant.e.s                     dans un « immeuble-témoin »

Pour aborder cette histoire de façon à la fois scientifique et accessible, vivante et incarnée, le projet de l’AMuLoP est donc de raconter l’histoire des habitant.e.s qui se sont succédé dans un immeuble ordinaire du parc privé ou social. L’essentiel n’est pas d’investir un édifice architectural remarquable ; le musée du logement populaire doit surtout s’inscrire dans un patrimoine du quotidien et ce sont les histoires des familles plus que le bâtiment lui-même qui donnent corps au projet muséographique. C’est à travers leur parcours, en tant que travailleu.r.se, commerçant.e, militant.e, parent, migrant.e, ou encore simple voisin.e, que les différents aspects de l’histoire de la banlieue au XXe siècle seront abordés. Centré sur leurs vies dans cet immeuble, le musée offre néanmoins un regard sur leurs trajectoires résidentielles passées et futures. 

 

Loin de la formule classique de l’exposition, un tel musée entend proposer une expérience d’immersion dans le vécu des ancien.ne.s habitant.e.s des lieux, en alliant la reconstitution des intérieurs à la restitution sensible des vies par le biais d’archives écrites, iconographiques et sonores, comme le propose le Tenement Museum de New York. Un dispositif de médiation porté par des guides conférencier.e.s oriente la visite tout en favorisant une participation active du public. Une des options envisagées est de recruter des guides susceptibles, à la fois, de porter le récit d’itinéraires individuels et familiaux, et d’interpeller le public, en initiant échanges et questionnements sur les enjeux sociaux et urbains du territoire du Grand Paris. Dans le même sens, ce type de visite peut intégrer la performance théâtrale, ainsi que l’usage de supports numériques donnant, par exemple, accès à des documents d’archives, ou encore aux coulisses du musée et à l’élaboration de ses contenus scientifiques.